Groupe ZUR
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ZUR. Dans les créations de ce collectif qui se passe de metteur en scène, l’invention poétique naît de la fabrique d’accessoires et de l’agencement de dispositifs disséminés et réunis dans un espace réel, sans obéir à une dramaturgie préalable, ni à un œil unique. Au contraire, ces créations semblent échafauder une finalité toujours esquivée, jouant du truchement des moyens techniques mis en œuvre, bouts de ficelles et matériels sophistiqués. L’évolution de ce groupe, passant de l’installation au spectacle in situ, retient notre attention, car elle est symptomatique. Ils sont parfois désignés comme des scénographes. Et l’on peut effectivement affirmer que la scénographie contribue largement à la dramaturgie de leurs spectacles et que leur art renvoie au théâtre au sens large du terme.
Revue Théâtre/Public - La scénographie de A à ZUR- Marcel Friedfont
Une chanson précipite la catalyse à l’articulation du deuxième et troisième espace/séquence : « Comment il peut, l’âme-enfant, l’anima-bambino/Quel piccolo esserino, ce petit être/ Qui essaye de résister désespérément, avec acharnement/Comment il peut? » … « Ciao ciao piccolo me, petit moi qui résiste/Véhicule d¹images parfumées et de frissons chauds/Résistant malgré moi et la peur de moi./Que nous sommes les survivants de nous mêmes/Véhicules résistants de nos rêves. »
La séquence 3 se tient dans l’espace appelé le Grand Atelier, avec au dessus des têtes des spectateurs des robes en cloche tournoyant au cintre dans un bruit de carillons, de pieds tapés sur les planches des galeries, rotation folle de derviches tandis que s’imprime sur l’étoffe des robes vides la projection frontale des corps nus. Le final est un grand moment de théâtre : les portes du Grand Atelier s’ouvrent soudainement sur l’extérieur et les acteurs sortent en courant sur le Champ de Mars, brandissant d’immenses drapeaux translucides qui flottent au vent et sur lesquels se projettent leur image en course, puis disparaissent dans la nuit.
Revue Théâtre/Public - La scénographie de A à ZUR- Marcel Friedfont
Ces créations (ciné)scénographiques poussent à penser la technique qu’elles sollicitent amplement hors d’une approche balancée entre la fin et les moyens. A échapper au clivage entre le qui et le quoi, le quoi et le comment, entre l’esprit et la matière, la matière et la forme, le sujet et l’objet, l’art et la technique. Le comment apporte ici sa propre dynamique : il est productif, notamment esthétiquement. Ici la scénographie est effectivement un mode d’écriture « non textuelle ». Or, elle n’est pas que cela : elle compose un paysage intérieur et extérieur, à la fois bien réel et totalement onirique, et libère une poétique des effets, de l’étendue, en entretenant un brouillage des signes. Alors la technique cesse d’être un simple artifice, un expédient, quelque chose qui exécute quelque chose pour quelqu’un d’autre. Factuelle, elle devient ce qui transfigure l’intention, ce qui la dépasse en la réalisant. Actuelle, elle est une interlocutrice, une force de proposition qui opère. La conjonction entre la perforation de la pellicule et la performance – qui amène d’un des membres de ZUR à parler avec humour de performographie – offre une clé. La technique est réellement performative : elle énonce tout autant qu’elle actionne.
Revue Théâtre/Public - La scénographie de A à ZUR- Marcel Friedfont
Le groupe ZUR ne se laisse pas circonscrire : sa règle reste l’onirisme, l’expansion des idées, l’explosion des domaines restreints ! ZUR bricole le rêve par tous les moyens possibles à coup de projections sur des matières telles que l’eau et le sable, et d’installations déambulatoires, en initiant des parcours qui sollicitent activement le spectateur. Ses créations échappent à la dictature du sujet, du rapport frontal, et s’émancipe radicalement de la narration classique occidentale. Inspirée par les recherches sur le sommeil paradoxal, ZUR pratique une poésie des situations. Pas de personnage, pas d’enfermement ; mais des déploiements d’imaginaires, par le biais d’associations d’idées et de matériaux, hors des théâtres. Généralement, il s’accapare d’un lieu pour l’investir et questionner systématiquement la perception du réel. Le groupe s’amuse à déconstruire les codes et les certitudes de façon ludique. Leur dernière création par exemple, HoriZone – km zéro, est en quelque sorte comme un tableau dans lequel on entrerait pour s’apercevoir que tout ce que l’on croyait avoir vu est entièrement faux : l’échelle des objets n’est pas celle attendu. Une surface plane devient tri-dimentionnelle est révèle les mensonges de la perspective. C’est un gigantesque trompe l’œil conçu comme un paysage que l’on traverse. Dans un esprit proche de Délices Dada, mais avec une esthétique plus expérimentale et moins linéaire, ZUR déstabilise le regard. Qu’est ce que le réel ? Peut on se fier à nos représentations ? Rappelant que la réalité est toujours dû aux conditions de notre perception, et qu’elle-même n’est qu’une pure construction de l’esprit. Le réel existe t-il ? La science et l’artisanat se mêlent à la métaphysique…
BRICOLER LES PERSPECTIVES – Stradda